La formule Rand

par Yannick Delbecque



Article qui relate l’origine de la formule Rand, la formule de prélèvement par l’employeur des cotisation syndicale, le mécanisme usuel en amérique du nord. Cet article a été initialement publié dans L’Enseigne, le journal de mon syndicat, le Syndicat des professeurs du cégep de Saint-Laurent.

Reconnaissance du droit d’association syndicale

C’est au 19e siècle que les premières organisations syndicales apparaissent au Québec et au Canada. Ces premiers syndicats sont des associations ouvrières de travailleurs spécialisés. Elles servent souvent à établir un rapport de force pour obtenir de meilleurs conditions de travail, mais elles jouent aussi le rôle de sociétés de secours mutuel, qui servent par exemple à aider les travailleurs malades ou à soutenir la famille d’un travailleur décédé au travail1. Ces organisations ont nécessairement besoin d’argent pour fonctionner. On demande donc aux membres de verser une cotisation pour financer leurs activités. Cette cotisation est le plus souvent versée en main propre à un représentant de l’organisation. L’absence de cadre léglislatif concernant la gestion de cet argent cause des problèmes divers. Les sommes à gérer par les sociétés de secours mutuels sont parfois importantes et peu de travailleurs ont l’expérience nécessaire pour les administrer. De plus, ces sociétés n’arrivent pas toujours à faire respecter leurs propres règles par leurs membres car les tribunaux de l’époque n’étaient pas bien préparés pour se prononcer sur les litiges internes de ces organisations. Continuer la lecture de La formule Rand

Take back the streets – Repression and criminalization of protest around the world

Take back the streets cover
Document produit par un groupe de 10 organisations dédiées à la défence des droits fondamentaux, connu sous le nom de International Network of Civil Liberties Organizations.

Le document : Take back the streets Repression and criminalization of protest around the world, International Network of Civil Liberties Organizations, Octobre 2013.

Un reportage : Report Finds Police Worldwide Criminalize Dissent, Assert New Powers in Crackdown on Protests, Democracy Now, 13 octobre 2013.

Extrait de l’introduction :
In June 2010, hundreds of thousands of Canadians took to the streets of Toronto to peacefully protest the G20 Summit, which was taking place behind a fortified fence that walled off much of the city’s downtown core. On the Saturday evening during the Summit weekend, a senior Toronto Police Commander sent out an order – “take back the streets.” Within a span of 36 hours, over 1000 people – peaceful protesters, journalists, human rights monitors and downtown residents – were arrested and placed in detention.

The title of this publication is taken from that initial police order. It is emblematic of a very concerning pattern of government conduct: the tendency to transform individuals exercising a fundamental democratic right – the right to protest – into a perceived threat that requires a forceful government response. The case studies detailed in this report, each written by a different domestic civil liberties and human rights organization, provide contemporary examples of different governments’ reactions to peaceful protests. They document instances of unnecessary legal restrictions, discriminatory responses, criminalization of leaders, and unjustifiable – at times deadly – force.

The nine organizations that have contributed to this publication work to defend basic democratic rights and freedoms in nine countries spread over four continents. Across the regions where our organizations operate, States are engaged in concerted efforts to roll back advances in the protection and promotion of human rights – and often, regressive measures impacting the right to protest follows in lockstep. And across the globe, social movements are pushing for change and resisting the advancement of authoritarian policies; dozens, hundreds, thousands or hundreds of thousands of individuals are marching in the roads and occupying the public space. In rural areas across the global south, there are a variety of demands, calling for access to land or resisting the exploitation of natural resources that threaten indigenous peoples’ or peasants’ territories. In urban settings, housing shortages or lack of basic services spark social protests and upheavals. Even in developed economies, there are disturbing tensions provoked by the contraction of the economy, globalization policies and the social and political exclusion of migrants. Students’ movements all over the globe are demanding the right to education.

History tells us that many of the fundamental rights we enjoy today were obtained after generations before us engaged in sustained protests in the streets: the prohibition against child labor, steps toward racial equality, women’s suffrage – to name just a few – were each accomplished with the help of public expression of these demands. If freedom of expression is the grievance system of democracies, the right to protest and peaceful assembly is democracy’s megaphone. It is the tool of the poor and the marginalized – those who do not have ready access to the levers of power and influence, those who need to take to the streets to make their voices heard.

Unfortunately, these are also rights that are frequently violated. Our organizations have witnessed numerous instances of direct state repression during protests: mass arrests, unlawful detentions, illegal use of force and the deployment of toxic chemicals against protesters and bystanders alike. At other times the state action is less visible: the increased criminalization of protest movements, the denial of march permits, imposition of administrative hurdles and the persecution and prosecution of social leaders and protesters.

Mépriser le savoir par mesure d’économie

Lettre que j’ai co-signée avec trois collègues du Cégep de Saint-Laurent et qui a été envoyée au Ministre avec des centaines de signatures récoltées en quelques jours.

Voir la liste complètes des signatures — ou ajouter la vôtre !

Monsieur Duchesne,
Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie,

Quand votre collègue Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor, envisage de réévaluer à la baisse la tâche des professeurs de cégep, et ce, en deçà de celle des professeurs du primaire et du secondaire, qu’il projette également de nous refuser la reconnaissance de la maîtrise et du doctorat, dénotant ainsi une méconnaissance étonnante, et inquiétante, de l’enseignement supérieur, nous nous attendons à ce que vous montiez au créneau pour défendre cet enseignement dont vous avez la responsabilité.

Certes, nous n’avons pas charge d’âmes de mineurs (encore que… les étudiants de première session ont souvent 17 ans), mais nous avons l’immense responsabilité de préparer de jeunes hommes et femmes aux études universitaires et, dans le cas des programmes techniques, à l’entrée dans la vie professionnelle, mais également à la vie citoyenne. Notre travail consiste à transmettre un héritage culturel, scientifique, intellectuel, critique et technique dont le niveau et la complexité supposent l’appropriation, de notre part, d’un bagage disciplinaire solide sur lequel s’arriment nos compétences pédagogiques. Par conséquent, la préparation de cours du niveau collégial se distingue assez fondamentalement de celle des cours du primaire ou du secondaire, fortement balisés par des devis et des manuels. Nous bâtissons nos cours au fil des ans; chacun d’eux est fondé sur des heures, des semaines, des mois et des années de recherche, ce à quoi nous servent directement nos habiletés de chercheurs développées au cours de nos études de deuxième et troisième cycles ou par un long travail d’approfondissement et d’adaptation des connaissances disciplinaires spécialisées déjà exigées pour l’entrée dans notre profession. Ce n’est pas pour rien que 40 % des professeurs de cégep sont munis d’un diplôme de maîtrise ou de doctorat. Or, si l’on en croit les intentions de votre collègue du Conseil du Trésor, non seulement nous mériterions une baisse de salaire, mais nous ne serions plus à même de faire reconnaître ces diplômes.

Par ailleurs, la collégialité au cœur du fonctionnement en départements, un principe fondamental de l’éducation supérieure que semble méconnaître le Conseil du trésor, nous pousse tous à participer à un processus de réflexion autour de nos connaissances disciplinaires. Nous participons à de multiples comités, élaborons des plans-cadres à partir des devis de votre ministère (pensez donc au travail de réflexion que va représenter la refonte des cours dans le cadre du nouveau programme Arts, lettres et communication…), consacrons de nombreuses heures hors des cours à rencontrer nos étudiants, mettons sur pied des Centres d’aide pour les élèves en déficit de connaissances en français, en philosophie, en mathématiques, etc. Et nous trouvons encore le moyen de participer activement à la recherche et à la diffusion du savoir dans nos domaines respectifs, en rédigeant des articles, en participant à des colloques, à des groupes de recherche et à des projets créatifs et techniques, en collaboration avec nos collègues universitaires, qui reconnaissent, eux, nos compétences de chercheurs. Cette activité qui nous stimule enrichit nos cours. Les premiers bénéficiaires en sont nos étudiants.

Vous pourriez signaler à votre collègue qu’on ne parviendra jamais à convaincre les étudiants de persévérer dans leurs études si le savoir, au Québec, appauvrit. On ne cesse de nous marteler que les étudiants devraient payer leurs études universitaires parce que, plus tard, ils en tireront un meilleur salaire. Or, non seulement ce raisonnement est-il fallacieux, mais ce réajustement à la baisse de l’échelle salariale des professeurs de cégep et le retrait de la possibilité de faire valoir nos diplômes prouvent exactement le contraire. Non seulement nous ne devrions pas voir notre tâche réévaluée à la baisse, mais nous devrions la voir mieux évaluée qu’elle ne l’est aujourd’hui.

D’une main, on nous prêche « l’économie du savoir » et de l’autre, on méprise ce savoir par mesure d’économie. Faudrait savoir…

Nous avons la conviction que ces enjeux, qui concernent directement votre mandat et l’avenir de l’éducation au Québec, ne peuvent vous laisser indifférent et nous nous attendons à vous entendre.

Brigitte Faivre-Duboz, professeure de littérature, cégep de Saint-Laurent

Co-signataires
Frédérique Bernier, professeure de littérature, cégep de Saint-Laurent
Yannick Delbecque, professeur de mathématiques, cégep de Saint-Laurent
Anne-Marie Voisard, professeure de psychologie, cégep de Saint-Laurent

Colloque libre

Le 16 octobre 2013 au Cégep de Lévis-Lauzon se déroulera le Colloque libre portant sur l’informatique libre en enseignement supérieur. Le colloque est organise par l’Association pour le développement technologique en éducation. « L’Adte est une association à but non lucratif qui se consacre au développement de l’utilisation pédagogique des logiciels libres dans l’enseignement supérieur. »

On y parlera notemment de Sage, le logiciel de calcul symbolique que j’utilise.

Thème général du Colloque libre

Après la Loi, article 7, alinéa 8, et la déclaration du ministre responsable de l’Administration gouvernementale et président du Conseil du trésor sur les logiciels libres, le Colloque libre, organisé par l’Adte, vise à faire le point sur l’utilisation des logiciels libres dans l’enseignement supérieur : projets-pilotes, difficultés rencontrées, résistances, échecs, succès, leçons apprises, perspectives.
Il réunit des acteurs de tous les horizons : professeurs, professionnels, techniciens, cadres, du public et du privé, tant des collèges que des universités ; entreprises du libre et responsables de programmes gouvernementaux.

Bertrand Russell et désobéisance civile

"This idea of weapons of mass extermination is utterly horrible and is something which no one with one spark of humanity can tolerate. I will not pretend to obey a government which is organising a mass massacre of mankind." Bertrand Russell dans un discours à Birmingham, qui encourage à la désobéisance civile pour soutenir le désarmement nucléaire, le 15 avril 1961.
“This idea of weapons of mass extermination is utterly horrible and is something which no one with one spark of humanity can tolerate. I will not pretend to obey a government which is organising a mass massacre of mankind.”
— Bertrand Russell dans un discours à Birmingham, qui encourage à la désobéisance civile pour soutenir le désarmement nucléaire, le 15 avril 1961.

Science for the people

Science for the people cover

In the 15th century Leonardo da Vinci refused to publish plans for a submarine, because he anticipated that it would be used as a weapon. In the 17th century, for similar reasons, Boyle kept secret a poison he had developed. In 1946 Leo Szilard, who had been one of the key developers of the atomic bomb, quit physics in disillusionment over the ways in which the government had used his work. By and large this kind of resistance on the part of scientists to the misuse of their research has been very sporadic, from isolated individuals, and generally in opposition only to particular, unusually repugnant projects. As such it has been ineffective. If scientists want to help prevent socially destructive applications of science, they must forego acting in an ad hoc or purely moralistic fashion and begin to respond collectively from the vantage point of a political and economic analysis of their work. This analysis must be firmly anchored in an understanding of the American corporate state.

We will argue below that science is inevitably political, and in the context of contemporary American corporate capitalism, that it contributes greatly to the exploitation and oppression of most of the people both in this country and abroad. We will call for a re-orientation of scientific work and will suggest ways in which scientific workers can re-direct their research to further meaningful social change.

Extrait de Toward A Science for the People, Bill Zimmerman, Len Radinsky, Mel Rothenberg and Bart Meyers, 1972.

Beneath the white coat: the radical science movement, Alice Bell, Political Science blog, hosted by the Guardian, 2013-07-18.

A Partial Archive of Science for the People (Anciens numéros, manifestes, etc).

Réseau libre

2013-09-21-131127_615x556_scrot« Réseau Libre est un regroupement informel de bénévoles qui vise à créer un réseau sans fil communautaire et de voisinage, indépendant et décentralisé.

Le réseau se construit de façon organique et évolutive à mesure que de nouveaux membres s’y joignent. Chaque personne participant au réseau installe une antenne sur son toit, ou dans sa fenêtre (un noeud) et choisit les services qu’il désire partager avec la communauté, connexion internet ou non. »

Visiter le site du projet Réseau libre

Journée internationale du logiciel libre à Montréal

logo_Facil-160px-blanc« Depuis 2004, les libertés accordées par le logiciel libre sont célébrées internationalement à chaque année le troisième samedi de septembre et le Québec ne fait pas exception. » FACIL, pour l’appropriation collective de l’informatique libre, organise pour l’occasion un événement au Centre de recherche informatique de Montréal (CRIM), le samedi 21 septembre 2013. Voir le site officiel pour plus de détails.

Voyageur 1 dans le plasma interstellaire

« Launched over 35 years ago, Voyagers 1 and 2 are on an epic journey outward from the Sun to reach the boundary between the solar plasma and the much cooler interstellar medium. The boundary, called the heliopause, is expected to be marked by a large increase in plasma density, from about 0.002 cm−3 in the outer heliosphere, to about 0.1 cm−3 in the interstellar medium. On 9 April 2013, the Voyager 1 plasma wave instrument began detecting locally generated electron plasma oscillations at a frequency of about 2.6 kHz. This oscillation frequency corresponds to an electron density of about 0.08 cm−3, very close to the value expected in the interstellar medium. These and other observations provide strong evidence that Voyager 1 has crossed the heliopause into the nearby interstellar plasma. »

En d’autres termes, Voyageur 1 est officiellement le premier objet que nous avons fabriqué à avoir quitter le système solaire.

Je dois dire qu’avec le recul que ce genre de nouvelles me donne, il y a beaucoup d’autre choses fabriqués par l’humanité que j’aimerais voir suivre le même chemin, non pour des motifs scientifiques, mais pour des raisons politiques.

Gurnett, Kurth, Burlaga and Ness, In Situ Observations of Interstellar Plasma With Voyager 1, Science, 2013. < http://www.sciencemag.org/content/early/2013/09/11/science.1241681.abstract >

Pour s’approcher de cens égalité fondamentale, il faut d’abord lutter contre une attitude permanente de nos sociétés : soumettre leurs choix à des critères économiques. Chaque objet, chaque service est affecté d’une valeur ; l’objectif est de réaliser les plus grands profits, d’obtenir la meilleure rentabilité. En fait, les apports de vie collective les plus décisifs pour chacun ne peuvent entrer dans cens logique : la santé n’est pas un « bien » économique, l’éducation non plus. Justifier la dépense consentie pour guérir un malade ou pour éduquer un jeune au nom d’une quelconque rentabilité est indigne d’une société soucieuse d’humanisme, Ce sont des secteurs entiers de l’activité qui doivent ainsi être gérée, sans référence à des raisonnements d’économistes ; quel autre critère choisir alors que celui de l’égalité d’accès ?

Il ne s’agit pas de fabriquer des hommes tous conformes à un modèle, ayant tous appris les mêmes réponses, mais des personnes capables de formuler de nouvelles questions. Pour lutter contre ceux qui formulent l’exigence d’égalité, il est courant de les ridiculiser en les traitant d’”égalitaristes”, incapables d’affronter les différences. Tout au contraire, l’égalité dans l’accès à l’éducation, loin d’aboutir à un nivellement, provoque un foisonnement d’attitudes nouvelles ; c’est, en fait, la richesse potentielle de tous les hommes qui est enfin révélée.

Méfions-nous des slogans trop faciles, associer égalité et égalitarisme est aussi mensonger qu’associer liberté et libéralisme.

Albert Jacquard, L’égalité comme source de richesse, Le Monde diplomatique, mai 1988, < http://www.monde-diplomatique.fr:8080/1988/05/JACQUARD/40794 >

Mathématiques en liberté

Mathématiques en libertéMathématiques en liberté, La ville brûle, Montreuil, 2012.

Deux mathématiciens, Pierre Cartier qui fut l’un des piliers du fameux groupe Bourbaki et Cédric Villani, un des représentants les plus brillants de sa génération, le mathématicien et historien des sciences Jean Dhombres, et le philosophe des sciences Gerhard Heinzmann nous invitent à débattre avec eux de l’activité mathématique et de ses conséquences sociales, tant dans l’histoire de l’humanité que dans le monde contemporain.
Trois grandes directions ont été explorées par les auteurs dans leur dialogue :

  • la relation, très complexe et objet de discussions et points de vue opposés, entre les mathématiques et la réalité ;
  • la liberté que la construction des mathématiques a donné aux hommes en leur permettant de développer les sciences de la nature, mais aussi celle dont les mathématiciens ont besoin pour développer leurs recherches ;
  • la responsabilité avec laquelle la communauté scientifique et les gouvernements doivent traiter la question de la place des mathématiques dans la politique de recherche et l’enseignement.