Entretien avec Jérémie Zimmermann – Plaidoyer pour un Internet libre, ouvert et décentralisé

Issu de la culture hacker, Jérémie Zimmermann est cofondateur et ancien porte-parole de l’association française La Quadrature du Net, un groupe de défense des droits et libertés des citoyen·ne·s sur Internet. Cette organisation « promeut une adaptation de la législation française et européenne qui soit fidèle aux valeurs qui ont présidé au développement d’Internet, notamment la libre circulation de la connaissance ». Elle fait des interventions dans les débats remettant en cause la liberté d’expression, le droit d’auteur, la régulation du secteur des télécommunications ou encore le respect de la vie privée. Zimmerman est aussi coauteur, avec Julian Assange notamment, de Menace sur nos libertés : Comment Internet nous espionne. Comment résister paru chez Robert Laffont en 2012.
Lire le reste de l’article sur le site d’À Bàbord !

par Isabelle Bouchard et Yannick Delbecque

La guerre qu’on nous fait

Chers amis, chères amies, connu-e-s ou inconnu-e-s,

Notre texte ne récolte pas de signatures dont le nombre et la notoriété relative de certain-e-s auraient pour fonction de donner de l’importance à cette parole collective. En ces temps où le tout-sécuritaire marginalise toute contestation, nous faisons le pari de l’anonymat comme force capable d’impacts éventuels. Votre implication reste toutefois essentielle pour la diffusion du texte et de ses idées. Donnez-lui de la visibilité et cette visibilité sera un nouveau travail collectif qui montrera que, derrière ce texte, nous sommes nombreux et nombreuses. Si l’analyse que vous y trouverez vous semble juste, si vous êtes capables de passer par-dessus quelques maladresses, métaphores ou changements de registre que vous auriez évités, alors devenez un des relais dont a besoin, pas seulement ce petit texte, mais toute la force contre-hégémonique qu’il nous faut construire, pas à pas, contre la machine qui nous fait la guerre. Et n’attendons plus qu’on nous organise : faisons-le nous-mêmes là où nous le pouvons avec les moyens qui sont les nôtres, à saisir ou à inventer ! Ce manifeste est une contribution en ce sens.

Contact: manifestedeprofs@riseup.net

[Yannick Delbecque: je repartage ce manifeste que j’appuie
Différentes versions sont disponibles sur archive.org.]


La guerre qu’on nous fait

Manifeste de profs contre tout ce qui vient avec l’austérité 

Nous refusons l’appauvrissement humain, social, politique et intellectuel que l’offensive antisociale appelée austérité fait subir au monde, lui donnant ce visage patibulaire, cynique, servile, tout juste navré, médiocre, un brin sadique.

Cette offensive menée pour satisfaire les intérêts des élites économiques vise à soumettre, secteur par secteur, les personnes et les choses au règne contraignant de la marchandisation et du profit tout-puissant.

Depuis longtemps mise en œuvre, cette révolution conservatrice est avant tout une guerre menée contre les mécanismes collectifs de redistribution des richesses, de mise en commun des ressources pour faire face aux aléas de la vie. Même imparfaits, même incomplets, les services publics sont les arrangements minimaux de solidarité qui témoignent d’un souci collectif pour une vie juste. Et pour défendre cela nous sommes prêts à nous battre.

Dans notre domaine, celui de l’éducation, une telle révolution procède par l’instrumentalisation des savoirs, de l’enseignement et de la recherche, arrimés de plus en plus entièrement aux seules exigences toxiques, mortifères, de l’accumulation et de l’optimisation. L’introduction, en force et partout, de techniques et mesures managériales, adossées au grand calcul néolibéral, ratatine l’éducation comme système et comme geste. Loin de cet appauvrissement, l’éducation que nous défendons consiste à soutenir l’aventure des esprits en train d’apprendre et d’interroger les réalités, et à assumer avec eux toute l’intensité affective et intellectuelle qu’elle engage.

Cette offensive généralisée s’attaque aux ressources et aux pouvoirs qui constituent nos milieux. Comme acteurs et actrices du monde de l’éducation (et nos camarades de la santé et des services sociaux en savent aussi quelque chose), nous ne cessons de constater les multiples atteintes aux temps et espaces où s’exercent notre autonomie professionnelle et notre collégialité. L’exercice de notre responsabilité se rétrécit à mesure que croît une bureaucratie managériale et ses instances de contrôle infantilisantes sous couvert de reddition de comptes débiles.

Dans la société tout entière, c’est l’ensemble des formes de l’action collective que l’austérité prend pour cible. L’action syndicale, autonome ou directe, la grève, les pratiques politiques contre-hégémoniques, hors de la scène parlementaire, sont de plus en plus marginalisées, criminalisées, suspectées (de radicalité notamment), méprisées, réprimées au nom de la protection d’un ordre des choses naturalisé, scellé, poli et policier, placé hors d’atteinte derrière des vitrines qu’on ne pourrait que lécher.

Cette neutralisation de notre capacité d’action participe d’un dispositif de dépolitisation qui tente de nous faire prendre pour des nécessités des décisions politiques. Cette affaire-là n’est pas banale. Elle fait violence, symboliquement et effectivement, aux conditions mêmes du commun et de toute communauté : la politique, et son cœur, la conflictualité. La révolution dont l’austérité est le visage confine la politique à un terrain neutralisé, procéduralisé. Reste la forme aseptisée et infiniment appauvrie d’un système incarné par ses politiques professionnel-le-s.

Cette violence a ceci d’insidieux qu’elle impose les termes mêmes du débat par lequel nous essayons de la déplier pour nous en défendre. Elle soumet le sens des mots à sa seule autorité et nous tire par la langue sur son terrain marketing où seule prévaut la relation de l’approvisionnement commercial. Même quand on prétend le protéger, le citoyen n’est qu’un « client ». S’efface dès lors la portée politique de ses exigences. Si le mot chien n’a jamais mordu personne, la langue du pouvoir, au contraire, performe directement une guerre contre cette autre richesse mise à mal : les idées et les langages servant à dire la complexité du monde.

L’austérité est donc un appauvrissement intérieur, où dominent la crainte des sanctions et la faim des récompenses, le stress et l’insécurité sociale, la peur de l’avenir et la peur de l’autre, peur bleue – peur rouge – peur blanche. État d’esprit assiégé, redoutable producteur d’impuissance et de docilité. Les êtres par lui créés seront faits sur mesure pour un système libéral-paternaliste. Un système où les formes mêmes de notre présence au monde sont captives, où l’audace, la création et l’invention voient détournées leurs forces éruptives au profit de la rengaine plate de l’innovation.

Ne reste alors qu’à devenir un bon entrepreneur de soi, à mesurer la valeur de sa vie à l’aune de ses biens, de ses placements et de ses investissements, à voir en l’autre au mieux un partenaire, au pire un compétiteur dans l’infernale roue de fortune néolibérale.

Également compromise avec la violence faite aux territoires et à leurs composantes naturelles, l’austérité est la face coupante d’un abandon de la richesse commune de notre géographie à des projets de transport et d’extraction (de pétrole notamment) écocidaires, autant de désastres toujours déjà là et que rien ne pourra réparer. Pour le néolibéral austère comme pour l’homme blanc dont parlait le chef Seattle il y a plus d’un siècle et demi, la terre est un ennemi à piller ; lorsqu’il l’a conquise et exploitée, il va plus loin ; il l’enlève à ses enfants et cela ne le tracasse pas ; son appétit la dévore et ne laisse derrière lui qu’un désert.

En fait, c’est l’ensemble du territoire humain et social, et tout ce qui fait la valeur de la vie, sa véritable richesse, c’est tout cela qui est ainsi traité comme un corps malade à assainir, un budget à compresser. Et puis des ruines, d’où l’on tire les diamants noirs des millionnaires s’adonnant à l’évasion et l’évitement fiscaux.

La charge dont austérité est le nom euphémisé, c’est la capture de nos existences par le travail, toujours plus de travail, qui consume le cœur de nos vies et le temps de nos meilleures années. Elle vole les jours que nous ne passerons pas à vivre, à bien vivre ensemble, à prendre soin les uns des autres, à aimer, à discuter, à mettre bout à bout nos solitudes, à inventer des manières nouvelles de faire, de dire, de fabriquer, de penser.

La guerre qu’on nous fait se réfracte dans tous les espaces de nos vies. Elle plie nos rythmes et notre quotidien, ses gestes et ses heures, à ses obligations. Elle nous frappe toutes et tous, nous sépare des territoires communs que nous essayons d’habiter pour les ouvrir aux dispositifs de l’extraction pour le profit privatisé.

Nous refusons les névroses du tout-marchandise et son angoisse sociale.

Nous refusons le peu où on nous réduit.

Nous refusons notre réification triple de contribuable-consommateur-majorité silencieuse.

Nous refusons la grande honte de vouloir la vie bonne pour toutes et tous.

Nous nous organisons.

C’est ici que croît la rose, c’est ici que nous dansons !

Take back the streets – Repression and criminalization of protest around the world

Take back the streets cover
Document produit par un groupe de 10 organisations dédiées à la défence des droits fondamentaux, connu sous le nom de International Network of Civil Liberties Organizations.

Le document : Take back the streets Repression and criminalization of protest around the world, International Network of Civil Liberties Organizations, Octobre 2013.

Un reportage : Report Finds Police Worldwide Criminalize Dissent, Assert New Powers in Crackdown on Protests, Democracy Now, 13 octobre 2013.

Extrait de l’introduction :
In June 2010, hundreds of thousands of Canadians took to the streets of Toronto to peacefully protest the G20 Summit, which was taking place behind a fortified fence that walled off much of the city’s downtown core. On the Saturday evening during the Summit weekend, a senior Toronto Police Commander sent out an order – “take back the streets.” Within a span of 36 hours, over 1000 people – peaceful protesters, journalists, human rights monitors and downtown residents – were arrested and placed in detention.

The title of this publication is taken from that initial police order. It is emblematic of a very concerning pattern of government conduct: the tendency to transform individuals exercising a fundamental democratic right – the right to protest – into a perceived threat that requires a forceful government response. The case studies detailed in this report, each written by a different domestic civil liberties and human rights organization, provide contemporary examples of different governments’ reactions to peaceful protests. They document instances of unnecessary legal restrictions, discriminatory responses, criminalization of leaders, and unjustifiable – at times deadly – force.

The nine organizations that have contributed to this publication work to defend basic democratic rights and freedoms in nine countries spread over four continents. Across the regions where our organizations operate, States are engaged in concerted efforts to roll back advances in the protection and promotion of human rights – and often, regressive measures impacting the right to protest follows in lockstep. And across the globe, social movements are pushing for change and resisting the advancement of authoritarian policies; dozens, hundreds, thousands or hundreds of thousands of individuals are marching in the roads and occupying the public space. In rural areas across the global south, there are a variety of demands, calling for access to land or resisting the exploitation of natural resources that threaten indigenous peoples’ or peasants’ territories. In urban settings, housing shortages or lack of basic services spark social protests and upheavals. Even in developed economies, there are disturbing tensions provoked by the contraction of the economy, globalization policies and the social and political exclusion of migrants. Students’ movements all over the globe are demanding the right to education.

History tells us that many of the fundamental rights we enjoy today were obtained after generations before us engaged in sustained protests in the streets: the prohibition against child labor, steps toward racial equality, women’s suffrage – to name just a few – were each accomplished with the help of public expression of these demands. If freedom of expression is the grievance system of democracies, the right to protest and peaceful assembly is democracy’s megaphone. It is the tool of the poor and the marginalized – those who do not have ready access to the levers of power and influence, those who need to take to the streets to make their voices heard.

Unfortunately, these are also rights that are frequently violated. Our organizations have witnessed numerous instances of direct state repression during protests: mass arrests, unlawful detentions, illegal use of force and the deployment of toxic chemicals against protesters and bystanders alike. At other times the state action is less visible: the increased criminalization of protest movements, the denial of march permits, imposition of administrative hurdles and the persecution and prosecution of social leaders and protesters.

Mépriser le savoir par mesure d’économie

Lettre que j’ai co-signée avec trois collègues du Cégep de Saint-Laurent et qui a été envoyée au Ministre avec des centaines de signatures récoltées en quelques jours.

Voir la liste complètes des signatures — ou ajouter la vôtre !

Monsieur Duchesne,
Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche, de la Science et de la Technologie,

Quand votre collègue Stéphane Bédard, président du Conseil du trésor, envisage de réévaluer à la baisse la tâche des professeurs de cégep, et ce, en deçà de celle des professeurs du primaire et du secondaire, qu’il projette également de nous refuser la reconnaissance de la maîtrise et du doctorat, dénotant ainsi une méconnaissance étonnante, et inquiétante, de l’enseignement supérieur, nous nous attendons à ce que vous montiez au créneau pour défendre cet enseignement dont vous avez la responsabilité.

Certes, nous n’avons pas charge d’âmes de mineurs (encore que… les étudiants de première session ont souvent 17 ans), mais nous avons l’immense responsabilité de préparer de jeunes hommes et femmes aux études universitaires et, dans le cas des programmes techniques, à l’entrée dans la vie professionnelle, mais également à la vie citoyenne. Notre travail consiste à transmettre un héritage culturel, scientifique, intellectuel, critique et technique dont le niveau et la complexité supposent l’appropriation, de notre part, d’un bagage disciplinaire solide sur lequel s’arriment nos compétences pédagogiques. Par conséquent, la préparation de cours du niveau collégial se distingue assez fondamentalement de celle des cours du primaire ou du secondaire, fortement balisés par des devis et des manuels. Nous bâtissons nos cours au fil des ans; chacun d’eux est fondé sur des heures, des semaines, des mois et des années de recherche, ce à quoi nous servent directement nos habiletés de chercheurs développées au cours de nos études de deuxième et troisième cycles ou par un long travail d’approfondissement et d’adaptation des connaissances disciplinaires spécialisées déjà exigées pour l’entrée dans notre profession. Ce n’est pas pour rien que 40 % des professeurs de cégep sont munis d’un diplôme de maîtrise ou de doctorat. Or, si l’on en croit les intentions de votre collègue du Conseil du Trésor, non seulement nous mériterions une baisse de salaire, mais nous ne serions plus à même de faire reconnaître ces diplômes.

Par ailleurs, la collégialité au cœur du fonctionnement en départements, un principe fondamental de l’éducation supérieure que semble méconnaître le Conseil du trésor, nous pousse tous à participer à un processus de réflexion autour de nos connaissances disciplinaires. Nous participons à de multiples comités, élaborons des plans-cadres à partir des devis de votre ministère (pensez donc au travail de réflexion que va représenter la refonte des cours dans le cadre du nouveau programme Arts, lettres et communication…), consacrons de nombreuses heures hors des cours à rencontrer nos étudiants, mettons sur pied des Centres d’aide pour les élèves en déficit de connaissances en français, en philosophie, en mathématiques, etc. Et nous trouvons encore le moyen de participer activement à la recherche et à la diffusion du savoir dans nos domaines respectifs, en rédigeant des articles, en participant à des colloques, à des groupes de recherche et à des projets créatifs et techniques, en collaboration avec nos collègues universitaires, qui reconnaissent, eux, nos compétences de chercheurs. Cette activité qui nous stimule enrichit nos cours. Les premiers bénéficiaires en sont nos étudiants.

Vous pourriez signaler à votre collègue qu’on ne parviendra jamais à convaincre les étudiants de persévérer dans leurs études si le savoir, au Québec, appauvrit. On ne cesse de nous marteler que les étudiants devraient payer leurs études universitaires parce que, plus tard, ils en tireront un meilleur salaire. Or, non seulement ce raisonnement est-il fallacieux, mais ce réajustement à la baisse de l’échelle salariale des professeurs de cégep et le retrait de la possibilité de faire valoir nos diplômes prouvent exactement le contraire. Non seulement nous ne devrions pas voir notre tâche réévaluée à la baisse, mais nous devrions la voir mieux évaluée qu’elle ne l’est aujourd’hui.

D’une main, on nous prêche « l’économie du savoir » et de l’autre, on méprise ce savoir par mesure d’économie. Faudrait savoir…

Nous avons la conviction que ces enjeux, qui concernent directement votre mandat et l’avenir de l’éducation au Québec, ne peuvent vous laisser indifférent et nous nous attendons à vous entendre.

Brigitte Faivre-Duboz, professeure de littérature, cégep de Saint-Laurent

Co-signataires
Frédérique Bernier, professeure de littérature, cégep de Saint-Laurent
Yannick Delbecque, professeur de mathématiques, cégep de Saint-Laurent
Anne-Marie Voisard, professeure de psychologie, cégep de Saint-Laurent

Poste Canada poursuit Geolytica au sujet d’une base de donnée de code postaux

Poste Canada vient le lancer une pousuite contre geocoder, un groupe qui a compilé une base de donnée de code postaux à l’aide de volontaires. C’est ce qu’on apprend dans dans le billet Canada Post Files Copyright Lawsuit Over Crowdsourced Postal Code Database de Michael Geist.

Poste Canada prétend que la loi sur le droit d’auteur s’applique à leur base de donnée, même si ll’information a été ammasée à l’aide d’un groupe fournissant volontairement de l’information et non en utilisant la banque de donnée de poste canada et même si l’information est possiblement trop simple pour que la loi sur le droit d’auteur s’applique (on ne peut avoir de droit sur une adresse postale par exemple).