Pour s’approcher de cens égalité fondamentale, il faut d’abord lutter contre une attitude permanente de nos sociétés : soumettre leurs choix à des critères économiques. Chaque objet, chaque service est affecté d’une valeur ; l’objectif est de réaliser les plus grands profits, d’obtenir la meilleure rentabilité. En fait, les apports de vie collective les plus décisifs pour chacun ne peuvent entrer dans cens logique : la santé n’est pas un « bien » économique, l’éducation non plus. Justifier la dépense consentie pour guérir un malade ou pour éduquer un jeune au nom d’une quelconque rentabilité est indigne d’une société soucieuse d’humanisme, Ce sont des secteurs entiers de l’activité qui doivent ainsi être gérée, sans référence à des raisonnements d’économistes ; quel autre critère choisir alors que celui de l’égalité d’accès ?

Il ne s’agit pas de fabriquer des hommes tous conformes à un modèle, ayant tous appris les mêmes réponses, mais des personnes capables de formuler de nouvelles questions. Pour lutter contre ceux qui formulent l’exigence d’égalité, il est courant de les ridiculiser en les traitant d’ »égalitaristes », incapables d’affronter les différences. Tout au contraire, l’égalité dans l’accès à l’éducation, loin d’aboutir à un nivellement, provoque un foisonnement d’attitudes nouvelles ; c’est, en fait, la richesse potentielle de tous les hommes qui est enfin révélée.

Méfions-nous des slogans trop faciles, associer égalité et égalitarisme est aussi mensonger qu’associer liberté et libéralisme.

Albert Jacquard, L’égalité comme source de richesse, Le Monde diplomatique, mai 1988, < http://www.monde-diplomatique.fr:8080/1988/05/JACQUARD/40794 >

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